Audrey Liberge

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Lecture de 3 min

LE 07 Juin 2018

Yellow angels corner

A quand un statut intermédiaire pour les slashers ?

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A quand un statut intermédiaire pour les slashers ?
A quand un statut intermédiaire pour les slashers ?

La dichotomie des formules contractuelles est classique, traditionnelle… et elle a la dent dure, c’est le moins que l’on puisse dire. Le management continu d’un côté, la collaboration par projet de l’autre. Le salarié d’un côté, l’indépendant de l’autre. On baigne dans un océan anachronique d’immobilisme, d’attentisme, de défaitisme. Heureusement que quelques irréductibles ont essayé, à leur échelle, de faire bouger les choses. Aujourd’hui, ils sont de plus en plus nombreux à dépoussiérer les aspirations historiques des salariés pour prendre leur destin en main… malgré un cadre juridique pour le moins flou. Le travail, autrefois linéaire, est aujourd’hui plus que jamais conjoncturel. Il exige réactivité, ou mieux, proactivité, pour faire face à l’immédiat, au volatile, à l’instantané. Résultat : l’entreprise s’étend, le salarié devient adepte du slash, caractère indispensable à la description de sa vocation !

Le slashing, ou l’habit neuf des multipotentialistes

Nous avons, d’un côté, les conditions de travail précarisées (tout est relatif) du salarié plus ou moins qualifié. De l’autre, la prestation de service interne ou externe de l’expert qui dispose d’une belle marge de manœuvre mais dont les droits sont précarisés. Ce sont les deux extrémités d’un continuum que le conservatisme bureaucratique a contribué à forger. Au milieu, on retrouve une variété de formules contractuelles qui combinent avec des variantes finement différenciatrices des éléments du salariat le plus strict, d’autres de l’indépendance du freelance. On saute à cloche-pied de part et d’autre de la ligne qui sépare le CDI du freelancing. Certains ont fait le choix assumé de mettre un pied de chaque côté de cette ligne imaginaire : ce sont les slashers qui, comme les super-héros Comics, revêtent une double casquette qui leur permet à la fois de sécuriser leur emploi et de s’épanouir en forçant la porte de l’autonomie. Bémol : ils souffrent d’un vide juridique qui semble toutefois en voie d’être résorbé par le gouvernement actuel qui a multiplié les clins d’œil en faveur du travail indépendant et, plus largement, de ce que l’on appelle aujourd’hui les nouvelles configurations du travail. Face à l’impossibilité légale de s’affranchir d’un des deux statuts (salarié ou auto-entrepreneur) au risque de tomber dans l’illicite, la multipotentialité des aficionados du cumul leur impose de cumuler les avantages et surtout les contretemps fiscaux et administratifs des deux statuts.

Recadrer le slashing pour qu’il devienne une source (sereine) de richesse

Si le slashing concerne à priori tout le monde, le terrain montre qu’il est surtout l’apanage de ceux dont les capacités techniques sont facilement repérables. Cette nuance n’empêche pas l’explosion de l’effectif des adeptes du multitâche. En France, ils sont déjà plus de 4 millions à cumuler, parfois par nécessité, souvent par choix… jusqu’à ce qu’une facette prenne un jour le pas sur la seconde, ou pas ! Cette  hybridation croissante n’a pas été, jusqu’à aujourd’hui, favorisée par la législation. La création d’un statut intermédiaire entre le salariat dans son acceptation classique et le freelancing serait déjà un pas dans la bonne direction. Alors bien sûr, certains statuts sont plus réceptifs à la diversité que d’autres. C’est par exemple le cas du portage salarial qui permet au travailleur de multiplier les missions même s’il reste toujours lié contractuellement à un seul employeur. Pour l’heure, ce statut reste le seul salut avec les coopératives d’emploi pour ceux qui aspirent à l’indépendance mais qui ont la phobie de l’administratif : obligations fiscales, facturation, recouvrement…

Côté entreprise, le taux de recours à des contrats à objectifs précis, de nature individuelle et à durée déterminée, a toujours varié selon la conjoncture, avec un pic en période de reprise. Aujourd’hui, ce besoin tend à devenir la norme, mais la transition se fait en douceur. On devrait s’attendre à une banalisation progressive d’une forme de salariat indépendant, car c’est par elle que le point de convergence des intérêts de l’entreprise et du travailleur est atteint. Les caractéristiques définitives de cette formule sont lourdes de défis, mais aussi d’enseignements…

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