Audrey Liberge

Audrey Liberge

Lecture de 8 min

LE 31 Mai 2018

les experts métiers

Blockchain: y a-t-il un pilote dans l’avion ?

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Blockchain: y a-t-il un pilote dans l’avion ?
Blockchain: y a-t-il un pilote dans l’avion ?

L’Intelligence Artificielle semble enfin trouver sa place dans notre quotidien. Et pourtant, ses avancées s’essoufflent déjà, et ses applications restent limitées et ultra-spécifiques, à mille lieues de la représentation que la culture populaire en a fait, au gré des blockbusters hollywoodiens et des annonces tonitruantes des startups américaines et nippones. Aussi efficaces soient-ils, les algorithmes IA sont bridés par le besoin de « s’entrainer » pour disposer de grands volumes de données. La blockchain est aujourd’hui de l’avis de tous, le début de la solution, car elle donne à toute entité, humaine ou machine, la capacité d’échanger des informations et de l’argent de manière autonome et surtout sécurisée. Sans tierce partie. Nous avions interviewé il y a quelques temps Sébastien Bourguignon qui nous parlait déjà de la révolution Blockchain. Seulement voilà, l’avion est là, mais les pilotes se font rares. Très rares…

La blockchain et le périlleux exercice de la vulgarisation

Erigée au rang de technologie révolutionnaire, presque « mystique », la blockchain a progressivement glissé vers la typologie des « buzzwords brandis comme symbole d’une disruption ultime sans être pourtant véritablement compris par ceux qui en parlent le plus ». Cette cituation, on peut la retrouver en avant-propos de l’ouvrage La Blockchain décryptée, les clefs d’une révolution, proposé par la jeune pousse Blockchain France et édité par Netexplo. Des conférences TED aux chaînes YouTube spécialisées, la blockchain fait des émules sans dévoiler un iota de ses potentielles applications, de ses conséquences pour l’entreprise ou des opportunités qu’elle apporte aux indépendants. Affublée du qualificatif « disruptive » que l’on a tendance à galvauder outre-Atlantique, la blockchain ne se prête toujours pas à la vulgarisation, et c’est là le principal obstacle à sa démocratisation. C’est d’ailleurs ce qui a motivé le papier de Paul Bischoff de Comparitech qui a mis au défi « ceux qui se présentent comme experts de la blockchain » de définir la chose en moins de 150 mots. Les prétendants ne se sont pas bousculés au portillon, avec plus ou moins de succès. Drew Ivan de Healthcare Solution s’en sort à peu près indemne. Voici une synthèse de son approche qui attribue à la blockchain trois caractéristiques fondamentales :

La Blockchain est un registre public, distribué et immuable, que tout le monde peut consulter et auquel tout le monde peut contribuer.

  • Immuable car les données inscrites ne peuvent jamais être modifiées : le lecteur peut être sûr qu’il consulte une version originale et authentique qui n’a subi aucune modification non approuvée ;
  • Public car les données sont visibles à tous, ce qui rend le registre adapté au stockage des enregistrements publics comme les transactions bitcoin
  • Distribué car à la différence d’un grand livre centralisé qui, d’une manière ou d’une autre, appartient à une personne ou à une entité, la blockchain est partagée sur un réseau d’ordinateurs. Concrètement, la panne d’un système ne menace pas le registre. Différents exemplaires existent simultanément sur différents ordinateurs appelés « nœuds » du réseau, ce qui prévient toute tentative de hack.

Ces caractéristiques permettent à deux parties de se faire confiance mutuellement grâce à un registre intrinsèquement immuable, public et distribué sans recourir à une institution tierce comme une banque ou l’Etat. Elle représente donc beaucoup pour tous les citoyens qui ne veulent plus dépendre d’un Etat ou d’une entreprise. Elle « pourrait changer le monde » pour The Economist, « C’est une révolution » pour Libération… une chose est sûre, ça a l’air sacrément disruptif !

Brevets d’invention, propriété foncière, transactions virtuelles…

Hier, internet promettait de supprimer la distance entre les individus. Aujourd’hui, la blockhain tient une autre promesse pas moins ambitieuse : celle de se passer d’intermédiaire au quotidien. Imaginons la blockchain comme un gigantesque livre de comptes. Des individus, appelés « mineurs », se chargent de répertorier dans chaque page du registre toutes les transactions et contrats. Bien entendu, les mineurs sont éparpillés dans les quatre coins du monde. Bouclée, une page ne peut être modifiée, à moins que les mineurs arrivent à un consensus, ce qui reste exceptionnellement… exceptionnel ! La blockchain permet donc d’enfermer, à jamais, une donnée dans un réseau public tout en garantissant sa sécurité. Vous ne voyez pas l’intérêt ?

Vous êtes un artiste amateur fier de ses compositions. Vous pouvez inscrire votre création dans la blockchain. En quelques secondes, votre œuvre est datée, sécurisée et attachée pour toujours à votre identité virtuelle. Un « smart contract » pourra même générer automatiquement des revenus à l’ayant droit si l’œuvre est utilisée. A l’échelle d’un Etat, la blockchain ouvre des portes. Au Ghana par exemple, où les propriétaires sans titre légal de propriété sont légion (90%), le gouvernement a sollicité l’ONG Bitland pour créer une base de données officielle répertoriant les titres de propriété. Les retombées sont énormes :

  • Le registre, immuable, protège les propriétaires des spoliations quelle que soit leur origine (Etat, corruption, multinationales, milices…) ;
  • Baisse des conflits fonciers ;
  • Aucune paperasserie nécessaire : contribution à la protection de l’environnement et optimisation des coûts).

Dès lors, les applications de la blockchain deviennent explicites : protection des brevets d’invention, de la propriété intellectuelle, des transferts de propriété transnationaux, des transactions en monnaie virtuelle, etc.

La blockchain et l’opportunité du conseil indépendant à forte valeur ajoutée

La rareté des experts en la matière n’a d’égale que la multiplication exponentielle des offres d’emploi contenant le mot « blockchain ». Indeed, premier moteur de recherche d’emploi dans le monde, a lancé une étude* sur la récurrence du terme dans les offres d’emploi en analysant les requêtes parues en Europe sur la période de novembre 2016 à mai 2017.

Résultat : 28% des offres d’emploi font référence à la blockchain. Seulement voilà, plus du cinquième de ces annonces restent en ligne 2 mois sans aucune candidature. Rappelons que certains pays du Vieux Continent souffrent d’un chômage endémique. Entendons-nous bien : il ne s’agit pas là d’une compétence clé d’un futur éloigné. Les transformations opérationnelles, culturelles et même sociologiques de la blockchain sont déjà visibles. Une récente étude prospective de PwC** sur les Fintech révèle que 77% des établissements financiers internationaux ont l’intention d’adopter la blockchain dans leurs systèmes de production en 2020 au plus tard, et elles ne sont pas les seules. PwC a annoncé début 2017 la constitution d’une équipe blockchain de 40 personnes, alors que l’effectif initial prévu était de 100 nouvelles recrues. De son côté, Deloitte a recruté, laborieusement, un lead developer blockchain pour sa filiale française. Cette perspective met en avant, d’emblée, la nécessité de se doter de nouveaux savoir-faire. Et quand on sait que la blockchain se prête tout particulièrement au jeu du conseil indépendant à forte valeur ajoutée, on mesure combien l’acquisition de compétences clés en ce sens est porteuse pour les freelances.

Pour compléter vos connaissances

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