Audrey Liberge

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Lecture de 7 min

LE 03 Juil 2018

L'entreprise étendue

Comment faire de vos bureaux un espace de coworking ?

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Comment faire de vos bureaux un espace de coworking ?
Comment faire de vos bureaux un espace de coworking ?

Districts technologiques, hackerspaces, ruches d’information inter-organisationnelles… en multipliant les configurations collaboratives, les chefs d’entreprise tentent de répondre à une interrogation : comment surgissent les dynamiques d’innovation ? Le coworking dans l’organisation, c’est un peu la transposition dans l’entreprise de recettes qui ont fait leurs preuves : open source, logiciel libre, forums spécialisés… Le coworking en entreprise attise les convoitises accoucheurs d’idées et des « financeurs ». Le concept ombrelle d’espace de travail partagé prend trois formes plus ou moins distinguables : espaces bureaux polymorphes, espaces de coworking et, et c’est le plus intéressant, « corpworking » places, contraction inédite directement inspirée des learning labs et autres espaces d’expérimentation mutualisés.

Le coworking entre hier et aujourd’hui

Comme les boys bands à la plastique parfaite, les baskets qui s’illuminent et l’euro, l’idée des espaces de travail partagés aurait pris forme dans les années 1990. Pour une fois, c’est le Vieux Continent qui a pris les devants avec le Berlinois C-Base, premier hackerspace au monde dont les membres, autodidactes pour la plupart, bidouillaient des composantes électroniques, expérimentaient et réinventaient le monde, entre amis, dans la convivialité d’une communauté naissante. On doit l’expression « coworking place » à l’écrivain et game designer (tiens, un slasher !) américain Bernie de Koven, et le premier local dédié à la chose est répertorié à San Francisco (2005), œuvre du programmeur Brad Neuberg qui voulait proposer un entre d’affaires plus sociables que les espaces bureaux traditionnels mais plus « institutionnels » que le télétravail. L’idée a fait son chemin et les espaces de travail mutualisés ont conquis le monde. Face à la spécialisation du travail, au morcellement des expertises et à la complémentarité des métiers du digital, les notions d’échange et de partage ont, plus que jamais, le vent en poupe. Mine de rien, malgré ses allures modernes et IN, cette dynamique ne sort pas de la stratégie d’entreprise défendue par Michael Porter depuis la fin des années 1970, fondée sur la création de la valeur partagée (shared value), moteur d’innovation schumpétérienne et de croissance économique.

La transition du coworking au corpworking places

L’engouement autour des espaces de coworking, en dehors des sphères de l’entreprise, interroge l’organisation verticale, ascendante, qui ne favorise pas l’éclosion d’idées nouvelles ou, du moins, différentes. Si les jeunes pousses en ont fait une marque de fabrique, les grands groupes industriels et autres mastodontes du service tâtonnent. Et même lorsque des espaces mutuels sont aménagés, les intentions sont parfois strictement managériales. Le travail d’équipe devient un moyen d’acheter la paix sociale, pas un catalyseur d’innovation. Le conservatisme structurel et le poids de l’histoire managériale sont clairement des entraves au travail collaboratif. Pourtant, le passage d’une logique de transversalité des services à une logique d’intelligence collective devient vital. Il en va de la compétitivité des entreprises, notamment dans un secteur aussi élastique que le numérique. Ce n’est qu’à partir de ce moment que les corpworking places prendront la place qui leur revient, au cœur plutôt qu’à la périphérie des entreprises. Le corpworking, c’est l’expression d’une aspiration à réinventer les espaces bureaux traditionnels, mais également de repenser le modèle relationnel qui en découle pour passer à la communauté de collaborateurs, principal capital des entreprises de service. Espaces de travail ouverts, intergénérationnels, connectés, modulables et trans-fonctionnels, ouverts aux compétences externes… ce n’est que dans un tel aménagement que l’entreprise étendue prendra forme.

Les espaces bureaux polymorphes, des fabriques à innovation

En prenant du recul, on s’aperçoit que l’organisation des espaces de travail perd de sa « sévérité » : le rôle des sièges sociaux et autres filières était de fédérer des travailleurs sous le même toit, d’optimiser les coûts et de délimiter l’entité « entrepris ». Aujourd’hui, les desseins gagnent en profondeur : l’entreprise veut devenir un lieu d’échanges, de fidélisation, d’ouverture, de formation, de motivation, de vie. Elle passe d’une boîte hermétique à un petit écosystème intégré dans son environnement. L’aménagement des bureaux n’est pas plus qu’un jeu de meubles. C’est aussi (et surtout) une façon de créer de l’émulation. On aménage de façon à faire circuler les gens pour faire circuler les idées. On ouvre la zone de travail pour favoriser les interactions entre les membres des différents départements. On divise selon l’usage, pas la fonction. Le bureau personnel n’est pas loin de devenir un vestige du passé. Pour Valérie Parenty, directrice associée de l’agence de design Saguez & Partners, la surface consacrée aux pièces individuelles dans l’entreprise se limite aujourd’hui à 40% (contre 80% il y a 10 ans).

Comment imaginer un espace de coworking dans l’entreprise ? Outre-Atlantique, on commence à privilégier les espaces clos et isolés du reste de la structure, en étant le plus décadrant et le plus dépaysant. Il s’agit de sortir visuellement de l’entreprise, ne serait-ce que par les couleurs. Exit la table et la chaise au profit de gradins et de poufs pour une liberté de posture.

Mais il ne faut pas hésiter à accepter aux salariés de vraiment s’évader, en leur proposant de faire du télétravail de chez eux, ou dans un autre espace de coworking de temps en temps. Par exemple un salarié dont le bureau fixe est à Paris pourra s’installer à Lyon sans forcément quitter son entreprise. Certaines entreprises louent des espaces en coworking pour leur salarié, comme chez notre partenaire Come’N’Work à Montpellier.

L’idée est de laisser le choix au salarié, car certains préféreront leur bon vieux bureau avec leur petite plante verte et leurs photos de vacances accrochées. On se sent plutôt bien aussi dans sa bulle plutôt que dans un bureau aseptisé où certes tout le monde peut s’asseoir à sa guise, mais où la personnalisation est proscrite. La liberté est la vraie essence du coworking.

L’espace doit donc être polymorphe : l’employé doit pouvoir choisir de travailler à son bureau le matin, d’aller chercher la concentration dans une silent room ensuite, de pouvoir se détendre sur une chaise longue après sa pause déj, de se retrouver avec ses collègues pour échanger sur des idées dans le coin salon, de rentrer chez soi pour aller chercher à l’heure ses enfants, et de finir sa journée par une petite heure de télétravail. Liberté et flexibilité !

 

 

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