Audrey Liberge

Audrey Liberge

Lecture de 8 min

LE 05 Jan 2018

Freelance style

Être freelance : une solution pour l’emploi des femmes ?

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Être freelance : une solution pour l’emploi des femmes ?
Être freelance : une solution pour l’emploi des femmes ?

Les hommes et les femmes ne sont pas égaux face à l’emploi. En Islande, il est désormais illégal d’avoir une différence de salaire homme/femme. C’est le premier pays au monde à légiférer une telle loi en faveur de l’égalité. En France, même si des progrès ont été fait, on est encore loin du compte. Leur ascension professionnelle est souvent ralentie par des remarques sexistes ou des préjugés, et le phénomène #balancetonporc des derniers mois amené par l’affaire Weinstein a démontré qu’elles étaient encore pour beaucoup soumises à un harcèlement au travail. Le plafond de verre existe donc encore, et est malheureusement renforcé par les femmes elles-mêmes : elles ont bien souvent peur de demander une augmentation ou de nouvelles responsabilités, n’osent pas se lancer, entreprendre, se mettre à leur compte.  

Mais le numérique offre de nombreuses perspectives en matière d’emploi pour les femmes qui peuvent changer la donne : nouveaux métiers, nouvelles organisations du travail … Mais pourtant, on ne retrouve que 27% de femmes dans le numérique. Est-ce que le statut de freelance pourrait être une solution pour les femmes et accélérer les choses en matière d’égalité de poste et de salaire afin d’atteindre enfin la mixité ?

 

La non mixité en matière de salaire et de métiers

Longtemps, le travail a été une question d’hommes. Les femmes, culturellement assignées à la maison et à l’éducation des enfants, ont commencé à réellement prendre leur indépendance pendant les deux guerres mondiales, puis grâce aux mouvements féministes des années 70.

On aurait pu croire que les choses évolueraient naturellement vers une égalité homme/femmes, mais les chiffres démontrent que nous sommes encore loin du compte : en 2014, le salaire des femmes était toujours inférieur de 24 % à celui des hommes, alors que 31,3 % des femmes actives ont un niveau Bac + 3, contre 26,4 % chez les hommes.

Ces différences de salaire sont moteur de plusieurs manifestations pour l’égalité, comme celle du 3 novembre, les femmes travaillant bénévolement par rapport aux salaires des hommes à partir de 11H44 ce jour-là.

 

L’inégalité est aussi criante dans les métiers. A l’heure actuelle, seulement 17% des postes sont mixtes. Et 44,8% des emplois dits « féminins » se trouvent dans les catégories peu rémunératrices : secteur public, santé, enseignement et action sociale. Les femmes représentent donc une catégorie défavorisée face à l’accès à l’emploi. Seules les femmes du secteur marketing s’en sortent bien : les directrices marketing ont été les seules à être mieux payées que leurs homologues masculins, à hauteur de 2%.

 

Les barrières à la mixité dans les entreprise

On convoque souvent les préjugés patriarcaux au banc des accusés : les entreprises ont longtemps été dirigées par des hommes, pour des hommes. La plupart des entreprises ont encore un fonctionnement qui appartient au siècle dernier.

 

En France tout particulièrement, certains principes régissent encore la perception de la performance des salariés dans l’entreprise : le présentéisme par exemple, sévit toujours. En mai 2017, 62 % des actifs déclaraient aller au travail même malades. Etre présent signifie (à tort) être impliqué. Dans ces conditions, demander un congé pour enfant malade, ou annoncer une future maternité peut vite relever du sabordage de carrière.

Est-ce pour autant être efficace ? Si l’on regarde du côté des Etats-Unis et des pays scandinaves, la réponse est non. Pourtant, leurs entreprises réussissent !

Parlons également de la réunionite, autre spécialité culturelle française : les français passent en moyenne 4,5 heures par semaine en réunion. Et seules 52 % de ces réunions seraient utiles car productrices de décisions. Et que dire des horaires de réunion : la fameuse réunion de 18 h sévit toujours. Pour de nombreuses femmes, l’obligation de paraître impliquée en assistant à ces réunions les empêchent tout simplement de s’occuper de leurs enfants.

 

Comme exemple de cette abberation de la réunion, on peut citer l’excellente Sarah Michelle Gellar, la meilleure tueuse de vampire de tous les temps (on ne sent pas que c’est une fan de Buffy qui écrit ces mots) reconvertie en entrepreneuse à succès. Elle dit tout haut et avec humour ce que tout le monde pense tout bas.

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Vous allez me dire que ce frein à la vie professionnelle par rapport à l’emploi du temps des mamans est un cliché.  Mais malheureusement, il est encore bien présent. Je me suis surprise moi-même dans une conversation récente complètement sexiste avec ma sœur : « Tu ne devrais pas mettre mariée 2 enfants sur ton cv, cela n’apporte rien et ça va peut-être influencer le recruteur qui se dira que tu voudras en faire un troisième ou que tu vas devoir partir tôt pour t’occuper de tes enfants ». Ma sœur : « Justement, si je mets ça, au moins on sait que j’ai déjà eu mes enfants du coup pas de congés maternité en prévision ! ». Non mais allo quoi.

Oui oui, ce sont donc deux femmes qui prônent l’égalité hommes/femmes qui prononcent ces mots. On doit donc aussi faire un travail sur nous-même pour nous rendre compte que ce combat carriériste vs famille n’a pas lieu d’être.

 

Bien souvent, les femmes carriéristes ne sont pas considérées comme les meilleures mères, voire ne font pas d’enfants du tout. Pourtant, comme le disait Reese Whiterspoon, « Ambition is not a dirty word ». On peut très bien réussir sa vie de famille et sa vie professionnelle, si on ne doit pas sur sa route se battre avec tous les obstacles et préjugés !

 

Et si le freelancing était une solution, notamment dans le numérique ?

Bien qu’elles soient encore minoritaires parmi les freelances (70% d’hommes, 30% de femmes), plusieurs femmes ont choisi l’indépendance du freelancing pour s’épanouir professionnellement.

 

Nous avons recueilli plusieurs témoignages de femmes qui voient plusieurs avantages dans ce statut pour leur carrière :

Pour Julia Coudert, que nous avions interviewé sur notre blog « le principal avantage du freelancing, en dehors de la liberté qu’il apporte, est sans aucun doute le choix du tarif de ses prestations. Ici, pas d’inégalités, je facture le taux horaire de mon choix : en fonction de la charge de travail, de l’investissement nécessaire ou encore des connaissances spécifiques à apporter. »

Pour Sophie*, c’est la flexibilité de son emploi du temps qui fait la différence : « Être en activité indépendante est une bonne solution. J’ai la main sur mes horaires, je peux aller chercher ma fille si elle est malade, la garder à la maison pendant que je travaille. J’ai organisé mon planning pour réserver la tranche 18-20 h à ma fille, et je peux donc ménager un temps de qualité avec elle. »

Enfin pour Delphine*, c’est au niveau du statut que l’intérêt d’être indépendante se trouve également : « J’ai choisi de me mettre à mon compte après la naissance de mon enfant. Je me suis orientée vers le portage salarial. Avoir une fiche de paie, un salaire, un CDI, cela rassure la banque, les organismes financiers, et même, après ma séparation, les propriétaires, pour louer un logement. Même à mon compte, j’ai accès à tout cela, ce qui n’aurait pas été possible si j’avais choisi de monter une société.»

 

Nous revenons régulièrement sur les nouveaux métiers apportés par le numérique. Récemment, Station F, l’incubateur de Xavier Niel, précisait que 40 % des dirigeants de startup incubées étaient en réalité…. des dirigeantes. L’univers du numérique, par la nouveauté permanente qu’il entraîne au niveau des métiers, par l’appel à des compétences nouvelles et aux types d’organisation du travail qu’il favorise, représente un véritable vivier de solutions en matière d’égalité femme/homme côté professionnel. Mais leur place dans le numérique est encore faible, seulement 27% des femmes exerceant un métier digital. Et la encore, elles exercent des métiers très féminins. Dans l’univers des freelances, elles sont surtout présentes dans les métiers liés à la communication (graphiste, rédacteur, consultant en communication) que dans les métiers techniques.

Elles ne représentent par contre que 11 % des étudiants en école d’ingénieur en informatique en 2016, et 20 % des étudiants en Licence professionnelle des Métiers de l’Informatique. Une répartition bien visible sur notre plateforme XXE.

Des écoles de code, comme la Wild Code School (créé et dirigé par une femme !) propose des formations courtes, basées sur l’apprentissage en situation qui motivent les femmes à rentrer dans des métiers techniques, comme celui de développeur. 6 mois de formation intensive peuvent suffir pour pouvoir de changer de métier et entrer dans l’univers du code. De fait, un nombre accru de femmes se lancent dans le dev. 42% des nouveaux développeurs à l’heure actuelle sont des développeuses.

Mais hélas certaines égalités persistent aussi dans les métiers techniques. Alors qu’une étude a prouvé que le code écrit par les femmes était plus approuvé, les développeurs masculins ont un salaire plus élevé d’environ 14%.

 

La valorisation du statut de freelance auprès des femmes est nécessaire pour leur offrir encore plus d’opportunités de faire jeu égal avec les hommes en matière d’emploi et de rémunération, ou pour simplement prendre les responsabilités qui lui ont été refusé en entreprise. Bien sûr, cette évolution doit être soutenue par les pouvoirs publics, et par le secteur de l’éducation/formation, qui doit aussi attirer les femmes vers des métiers d’avenir plus techniques.

 

Pour en savoir plus, l’infographie de notre partenaire Hiscox sur les métiers numériques pour les femmes : https://blog.hiscox.fr/infographie-metiers-femmes-de-demain/ 

 

Sources :

http://www.stress-info.org/blog/2017/05/23/10352/

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/03/07/les-inegalites-hommes-femmes-en-12-chiffres-et-6-graphiques_5090765_4355770.html

http://lentreprise.lexpress.fr/rh-management/management/les-salaries-francais-victimes-de-reunionite-aigue_1914984.html

http://www.leparisien.fr/laparisienne/societe/a-quand-la-fin-de-la-reunion-de-18-heures-11-12-2013-3398519.php

http://www.femme-ingenieure.fr/2015/09/femmes-numerique-proportion.html

http://madame.lefigaro.fr/societe/l-ecart-salarial-entre-les-hommes-et-les-femmes-ne-cesse-de-se-creuser-261017-134960

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