Elodie Djegadisvarane

Elodie Djegadisvarane

Lecture de 5 min

LE 23 Avr 2019

Freelance style

Revenir au salariat : quand le prison break ne marche pas

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Revenir au salariat : quand le prison break ne marche pas
Revenir au salariat : quand le prison break ne marche pas

Certains profils ne sont pas faits pour le salariat. C’est un fait. Pour le digital nomad, le salariat est un calice qu’il est difficile de boire jusqu’à la lie, d’où le choix de quitter le monde du travail salarié. Mais alors que faire quand apparait le spectre de l’obligation économique et que votre carrière de freelance ne décolle pas ou prends du temps à l’envol ? Revenir au salariat est-il une option envisageable ?

 

Travail ou capital, salariat ou freelancing ?

 

Pour le profil orthodoxe, le CDI est l’horizon indépassable de la réussite socio-économique. Le salariat est donc, souvent, le choix par défaut pour le prolétariat 4.0., à l’ère de la précarité et des crises économiques chroniques (et certains disent systémiques). Il est par ailleurs un conditionnement sournois qui dicte le modèle vers lequel tendre. Bienvenue à l’ère de la conformité et de l’uniformisation.

Pour l’esprit indépendant par contre, le salariat est une aliénation difficile à accepter. Ces esprits libres s’accommodent très mal des systèmes hiérarchiques, des règles figées et du conformisme ambiant dans le monde du labeur organisé. Pour ces personnes (et vous vous reconnaitrez certainement), le salariat est la version réelle de Shawshank, le freelancing est la rédemption attendue patiemment, sûrement. A la première occasion, l’électron libre prend ses clics et ses clacs et quitte l’entreprise sans daigner se retourner. Commence alors la liberté du travail indépendant.

Tout ça est bien beau, toutefois un problème subsiste : parfois shit happens. Se lancer en solo est très excitant, devenir freelance libre de son temps et de sa vie est un rêve pour plus de la moitié des salariés français. Mais l’aventure du freelancing n’est pas sans risques. On dira même que la probabilité d’échec est assez significative, surtout si on n’a pas les reins solides et les fonds pour survivre le temps du décollage de l’activité. L’atterrissage peut s’avérer dur et les factures n’attendent pas. Parfois ce sont des motifs plus personnels qui poussent le freelance à chercher un retour à la zone de confort du salariat. Oui mais reste à convaincre les recruteurs que vous êtes toujours work material.

 

A way back to salary

 

Faire marche arrière et revenir au nid salarial n’est pas aussi aisé qu’il n’y parait. Car entre-temps, le monde a changé, sans vous. Vous pensez peut-être que quitter le salariat pour l’auto-entreprenariat est plus ardu que le chemin inverse. Dans la majorité des cas, si. Mais ce n’est pas un dogme. Gardez à l’esprit qu’aux yeux des entreprises (pas toutes heureusement), un freelance en reconversion salariale est un profil atypique, difficile à intégrer. Des réticences somme toute normales mais dont vous pouvez faire une force, au lieu d’une vulnérabilité. Comment ? En mettant en avant les qualités qui vous ont permis, initialement, d’être travailleur indépendant : créativité, polyvalence, autonomie, prise d’initiatives… Mais cela ne suffira pas à paver complètement votre chemin de retour, vous devrez trouver des réponses convaincantes à des questions auxquelles il vous sera difficile d’échapper. Comprenez que l’employeur est, dans le meilleur des cas, intrigué par votre profil. S’il est plus mal intentionné, il pensera que vous revenez d’un échec. Ce qui pourrait être le cas, après tout, même Einstein a échoué, ce n’est pas une tare. C’est même un avantage, pour tonton Albert : « une personne qui n’a jamais commis d’erreurs n’a jamais tenté d’innover ». Et malheureusement, en France surtout, la peur de l’échec est telle que l’on risque de vous juger pour cela. Alors qu’aux Etats-Unis, vou passerez tout de suite pour un innovateur, un aventurier qui a su rebondir puisque vous êtes ici, en France vous risquez vite de passer pour un loser si vous n’avez pas les bonnes réponses.

 

Attention aux peaux de bananes

 

Avant toute démarche de recherche salariale, il convient de faire le point sur votre expérience en freelance. Certaines questions doivent trouver réponses satisfaisantes. Pourquoi ça a échoué ? Quelles étaient vos réussites ? Des questions qui vous permettront de bâtir un argumentaire à opposer à la rhétorique de l’employeur, qui sera difficile à convaincre autrement.

 

Comment se fait-il que vous ayez arrêté votre activité ?

Vous vous y attendiez certainement. C’est la question classique qu’un recruteur vous posera en première intention. Son objectif est de connaître plus en détail votre parcours, la nature de votre activité, les défis que vous avez rencontré, vos motivations à réintégrer le monde du salariat… Au pire, le sous-entendu est que vous cherchez un « plan D » par dépit, que vous envisagez le salariat comme un abri en attendant de pouvoir relancer votre activité. Il est donc essentiel de préparer une réponse convaincante, qui fait la lumière sur vos motivations à revenir au salariat et que ce n’est pas un choix par défaut. En outre, le recruteur sera sensible à un discours qui dessine les contours du contexte économique global (crise, difficulté à être rentable rapidement, marché pas assez mûr…), car lui-même y est sujet. Et n’hésitez pas à mettre en avant vos réussites et à rassurer, car s’il y’a une chose que les recruteurs redoutent, ce sont les électrons libres difficiles à « contrôler ».

 

Passer de l’autoentreprise au salariat, ça ne vous gêne pas ?

Encore un sous-entendu. L’employeur jugera de votre capacité à « supporter » votre nouvelle condition salariale, à ne pas vous ennuyer dans un cadre restreint. A ce niveau, la principale crainte de l’employeur est de vous voir démotivé au bout de quelques mois d’exercice, car vous n’aurez pas le même niveau d’autonomie auquel vous êtes habitué. Toutefois, si les entreprises appréhendent de recruter un ex-indépendant, la persévérance et la prise d’initiative nécessaires à l’aventure de l’autoentreprise les intéressent au plus haut point. C’est l’occasion de faire valoir votre côté touche à tout, votre adaptabilité qui vous permettra de bien vous accommoder de la vie d’entreprise et votre culture de l’effort et de la performance.

 

 

Quel rapport avez-vous à l’autorité ?

Gardez à l’esprit que la reconversion vers le salariat est une vraie démarche d’humilité. Vous risquez de paraître prétentieux aux yeux du recruteur, qui craint que vous n’ayez pas la capacité à respecter les rapports hiérarchiques, à rendre des comptes. L’idée ici est de rassurer l’employeur quant à vos propensions « anarchiques » perçues. Il est essentiel de savoir rester à sa place et tourner la situation à son avantage. Comment ? Appuyez-vous sur d’anciennes expériences salariales pour prouver votre capacité à respecter les liens de subordination. Si le recruteur est toujours réticent, montrez-lui que vous savez vous en tenir à vos limites et que le concept d’empiètement sur la fonction d’autrui ne vous séduit pas outre mesure.

Pour aller plus loin

Freelance : à quels risques êtes-vous confronté et comment les anticiper ?

Être freelance et salarié en même temps : le futur du travail indépendant selon webportage

 

Sources :

https://www.welcometothejungle.co/fr/articles/comment-passer-salarie-apres-entrepreneuriat-conseils

https://www.lexpress.fr/emploi/conseils-emploi/reintegrer-l-entreprise-apres-une-experience-en-solo_1324099.html

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