Elodie Djegadisvarane

Elodie Djegadisvarane

Lecture de 5 min

LE 11 Avr 2019

Yellow angels corner

Le futur de l’éducation : vers un diplôme autodidacte ?

  • Download PDF
Le futur de l’éducation : vers un diplôme autodidacte ?
Le futur de l’éducation : vers un diplôme autodidacte ?

Si les formations académiques classiques ont encore de beaux jours devant elles, elles ne sont plus les seules alternatives pour qui veut « apprendre ». Par esprit pratique, mais aussi par bon sens, l’offre extensive de moyens de se former, de se cultiver ou d’apprendre un métier en autodidacte attire naturellement la génération 3.0. Au point de sacrifier le diplôme, l’ultime certificat de « compétence » ? Oui, peut-être. Peut-être aussi qu’il existera, dans un avenir proche, ou lointain (le temps est relatif, merci tonton Albert) un diplôme d’autodidacte. A tous les électrons libres du labeur, les affranchis du salariat, rêvons à un monde de libre éducation et de diplômes de l’autodidaxie !

 

De l’autodidacte à l’autodidaxie

 

De la même manière qu’il est dur de se séparer de sa couette un matin de décembre, il est difficile de rompre avec le triptyque « formation, diplôme, emploi ». Dans ce contexte, l’autodidaxie, définie comme étant « l’acquisition de connaissances par un individu en dehors des dispositifs éducatifs officiels », souffre de manque de reconnaissance. Mais cela est en train de changer. Bien que le diplôme soit une sorte de badge, d’étiquette qui vous définit académiquement, la perception du statut d’autodidacte s’allège des connotations négatives qui l’ont souvent accompagnée. Mais trêve de « political correctness », disons les choses telles qu’elles sont : l’autodidaxie est l’avenir de l’éducation !

La plus grande université du monde ? Google. Dans l’histoire des hommes, il y’eut la découverte du feu, l’invention de la roue et de l’écriture, l’imprimerie de Gutenberg et Google. « Just google it », ce verbe qui se conjugue au futur (pas si) simple, résume la puissance de savoir dont nous disposons tous, a click away.

Si l’autodidaxie a été ostracisée à l’époque de l’emmagasinement du savoir achevé par un titre de connaissances apprises (diplôme), elle est adoubée à l’ère digitale et des transformations qui l’accompagnent. Au point de rendre le diplôme obsolète ? Pas pour tout de suite, mais ça ne saurait tarder.

 

Immovable object vs unstoppable force : la fin du cursus classique ?

 

Que se passe-t-il lorsqu’une force irrésistible rencontre un objet immuable ? Réfléchissons un peu à ce paradoxe. Le format classique en vigueur dans l’éducation correspond à une époque « analogique », à une culture où la structure du monde professionnel était linéaire et prévisible. La vision en vogue dans les cercles « classiques » n’avait pour seul horizon que l’intégration des diplômes dans une économie de production de masse. Discipline, rigidité et technicité, avec ici et là des brins de formations « actualisantes », avec, pour toile de fond, le diplôme.

Le cursus classique reste, pour de larges parts, immuable, insensible aux changements qui se tissent autour de lui : 65% des métiers qui seront exercés par les élèves du primaire n’existent pas encore, la moitié du globe a accès à Internet et le nombre d’informations sur le Web double tous les 2 ans ! Et pourtant, la formation académique ne prend toujours pas noté de la demande du marché, des évolutions du champ du savoir. Le schéma maître omniscient – disciple approbateur persiste.

 

Et puis le Web est arrivé, et avec lui une déferlante ininterrompue d’informations et de partage en temps réel. Game changer ! L’apprentissage est continu et évolutif, l’accès à l’information est instantané et libre de toute contrainte, le savoir a une valeur d’usage pratique et non plus une valeur d’échange (savoir moyennant diplôme). Le schéma de validation des connaissances par le diplôme tombe en désuétude. Dès lors, à quoi sert un diplôme ? Autrement dit, comment continue-t-il à résister aux vents de l’autoformation ? Et pour combien de temps encore ?

Il est temps de revenir à notre paradoxe (imparfait par ailleurs), si la force de l’autoformation est réellement irrésistible, la résolution du paradoxe est actée : en présence d’une force irrésistible, nul objet n’est immuable. Le futur de l’éducation sera nécessairement l’autoformation.

 

Evoluer ou disparaître : l’alternative MOOCS et VAE

 

« Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements », Charles Darwin, « autodidacte ». Certainement conscients de cette loi de physique sociale, les autodidactes sont l’espèce qui s’est le mieux adapté aux changements du paysage économico-social. Car l’autodidaxie, c’est l’intégration des besoins du monde réel dans l’apprentissage. C’est aussi le fait de privilégier ce qui est utile à ce qui pourrait être agréable ou esthétique. Cette vision révolutionne le rapport à l’éducation telle que nous la connaissons.

Mais dans le monde réel, là où s’exerce la pression sociale et où les rites communautaires et culturels régissent notre vision du monde, il est difficile d’ignorer le diplôme. Bien que les MOOCS puissent permettre de se former aux nouvelles expertises à distance et dans les meilleures universités du globe, le système s’avère une porte close dont la clef est le certificat de connaissance. C’est sans doute pour cela que des MOOCS proposent des certifications payantes, car ayant une valeur symbolique dans le monde actuel.

Par ailleurs, la rigidité réglementaire du champ de l’éducation, le refus du changement inéluctable ou la force de l’habitude, font que le statut d’autodidacte ne donne pas accès à un cheminement professionnel classique. Quoique la VAE (validation des acquis de l’expérience), qui permet à toute personne de valider les acquis de son expérience par une certification professionnelle, constitue un premier pas vers la reconnaissance « officielle » de l’autodidaxie. Le principe fondateur de la VAE est que chaque individu a droit à la reconnaissance de son expérience, pour toute activité exercée pendant une durée minimale d’un an.

 

Rêvons à un diplôme autodidacte

 

Est-ce que vous oserez reprocher à Marx de ne pas avoir de diplôme ? Est-ce que vous oserez rejeter sa critique du capital et son analyse de classes quand vous saurez qu’oncle Karl est autodidacte ? A-t-il besoin d’un diplôme pour « valider ses acquis » ? Par contre, pour le commun des mortels (et comme peu d’autodidactes peuvent prétendre au statut d’intellectuel de Karl Marx), il serait intéressant d’imaginer un diplôme qui consacre leur savoir.

Le diplôme c’est comme la monnaie, il n’a aucune valeur intrinsèque. Sa valeur est fonction de la confiance du public et de l’accréditation officielle dont il jouit. Philosophiquement, l’officialité de l’accréditation ne veut rien dire, si ce n’est qu’un groupe de personnes a décidé de donner une valeur symbolique à un objet, à une idée. Certes, ce groupe bénéficie d’une adhésion populaire (ou du moins majoritaire) qui crédibilise sa position.

Qu’est-ce que cela veut dire exactement ? Imaginons qu’il existe des associations d’autodidactes, regroupées en métiers ou en spécialités, et qui décident de s’auto-valoriser par un diplôme de leur création. Soyons fous et imaginons qu’un « illuminé » de l’autodidaxie surgisse des méandres du Web et fonde un centre de certification des autodidactes. Quel pied de nez a l’establishment !

 

Pour aller plus loin

Les meilleures formations pour freelances en herbe

Freelances : se former à coup de tutos sur internet

 

Elodie Djegadisvarane

Elodie Djegadisvarane

Lecture de 5 min

0

commentaires

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Votre nom *
Email *
Commentaire*


CAPTCHA Image
Reload Image

TÉLÉCHARGEZ NOTRE LIVRE BLANC SUR L'ENTREPRISE ÉTENDUE !

DÉCOUVREZ CE CONCEPT ET INNOVEZ SANS LIMITE !

Quel futur attend les freelances et les entreprises ? Comment les entreprises peuvent-elles constituer leurs réseaux de freelances et créer à leur tour un collectif hybride d’experts salariés et indépendants ? Comment créer une entreprise étendue, casser la logique des silos ?

EN SAVOIR PLUS

INSCRIVEZ-VOUS
À LA NEWSLETTER