Audrey Liberge

Audrey Liberge

Lecture de 5 min

LE 04 Oct 2018

L'entreprise étendue

Convaincre son employeur du bienfondé de la pluriactivité des salariés

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Convaincre son employeur du bienfondé de la pluriactivité des salariés
Convaincre son employeur du bienfondé de la pluriactivité des salariés

Né à la croisée des XVIIe et XIXe siècles, en pleine révolution industrielle, autour du machinisme et de l’exploitation des mines de charbon, le salariat a pris son essor dans la continuité du capitalisme que l’on évoque ici dans son sens neutre, loin de toute considération idéologique. L’approche institutionnelle de la régulation du travail, puis les travaux des classiques dans son optimisation mathématique (The one best way) et enfin l’expansion du marché des consommateurs ont propulsé le salariat à des hauteurs stratosphériques, avant qu’il ne vienne se heurter à une onde de choc : celle de la fragilisation de la condition du travailleur, mais surtout celle d’une soif d’exprimer ses talents, de vivre son Dream Work en mode stéréo ! La pluriactivité a émergé, elle a titubé, elle s’est fortifiée pour remporter les suffrages des slashers. Reste maintenant à convaincre les employeurs nourris à la clause d’exclusivité, au présentéisme et à l’intransigeance spatiotemporelle. Tout un programme !

Les modes stéréos : une réponse cinglante au « métro, boulot, dodo »

Ils sont pluriactifs, qualificatif auquel on préfèrera l’anglicisme « slashers », plus funky, qui rabote, cristallise et facilite la compréhension de la chose. Parenthèse plaisante : pour les aficionados du ciné, « slasher » est un sous-genre de films d’horreur, mettant en scène un psychopathe serial killer. Mais rassurons-nous, il est des termes qui vivent très bien leur polysémie, quand bien même elle serait paradoxale. Dans les péripéties de l’entreprise, est slasher celui qui cumule plusieurs métiers, faisant passer son épanouissement professionnel avant le critère de la sécurité et de la stabilité que peut parfois « donner » un CDI. Le best-seller Marci Alboher, « One Person/Multiple Careers : A New Model for Work/Life success », a jeté les bases d’un mode de vie que l’on voyait venir de loin.

En France, la tendance à la pluriactivité est spectaculaire. Le terme apparaît pour la première fois en 2007, aux Etats-Unis, avant de traverser l’Atlantique pour gagner les contrées du Vieux Continent. Selon une étude réalisée en 2016 par le Salon des micro-entreprises, près de 4,5 millions de personnes exercent simultanément plusieurs emplois dans l’Hexagone, soit 16% de la population active. Consultants/communicants, concepteurs/rédacteurs web, coachs/pro de la RH, journalistes/conférenciers/photographes… ils ajoutent un, deux ou trois « slash », et autant de cordes à leur arc ! Ils délaissent sans le regretter l’ennui étouffant d’un monde monophonique et monochromatique et assument de bonne grâce d’exprimer les diverses facettes de leur personnalité. Ils intègrent le touche-à-tout sans se perdre dans le piège de la superficialité que peut suggérer la pluriactivité. Si on retrouve parmi ces pluriactifs des talents des générations Y et Z qui interrogent leur épanouissement personnel dans l’ « entreprise à papa », les quadragénaires et quinquagénaires montent à bord en empruntant la passerelle du consulting !

Fin du salariat ou redéfinition de l’entreprise ?

Certains managers sont contre l’embauche de personnes pluriactives (quand elles ne se cachent pas de leur seconde activité). Par exemple, une Directeur Artistique dans mon ancien emploi n’avait finalement pas été prise quand elle avait demandé à pouvoir continuer en parralèle son activité de freelance sur son temps libre. Motif : crainte d’un manque de motivation et d’engagement pour l’entreprise dans laquelle elle serait salariée. Une réflexion injustifiée qui a finalement pénalisé la candidate au recrutement et aussi l’entreprise qui s’est privé d’une superbe compétence. Car être pluriactif, c’est justement être plus engagé, plus compétent, plus créatif.

Se priver d’un talent au motif qu’il cumule revient à mettre une croix sur une compétence plurielle qui évolue plus vite que les autres, nourrie par des expériences qui s’enchaînent plus vite, qui entrent en synergie. Interdire à ses salariés d’exercer ailleurs en dehors des heures contractuelles (lorsque cela n’impacte pas leur performance, naturellement), c’est les priver de leur curiosité, de leur créativité, et c’est priver l’entreprise de talents à l’heure de la guerre des talents. Vivre dans la pluriactivité, c’est, quelque part, ne jamais rompre le cordon de la formation continue. Et à l’ère de l’économie de la connaissance, l’entreprise « ruche grouillante » part avec un sérieux avantage ! A bien des égards, les entreprises ont besoin de pluriactifs pour les aider à se transformer. Ils sont adaptables à n’importe quel milieu professionnel, apportent de la flexibilité dans les projets, disposent de compétences clés que les salariés monoactifs peuvent peiner à acquérir dans une configuration classique, diffusent de nouvelles formes de travail et imposent un dépoussiérage du management qui se met de facto à la page.

Naturellement, convaincre son patron de « tolérer » sa pluriactivité ne peut se passer de quelques mesurettes de bon sens :

  • On montre sa bonne foi et on donne des garanties (pas de concurrence déloyale, pas de prospection sur le « territoire » de l’entreprise) ;
  • On démontre les synergies entre l’expérience développée en freelance et le travail effectif réalisé en entreprise, en insistant sur la courbe d’apprentissage (plus on fait, mieux on fait, plus vite on fait) ;
  • On reste irréprochable sur les horaires contractuels ;
  • On se montre force de proposition, car c’est le meilleur moyen de montrer le bienfondé de cette configuration.

Heureux, proactifs et optimistes, les slashers font du monde leur bureau. Pour autant, une gestion formelle de leurs talents reste possible si les deux parties se projettent dans un avenir commun et s’accommodent des valeurs constitutives de l’identité des pluriactifs : réactivité, autonomie, multiculturalisme et flexibilité.

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