Alban Praquin

Alban Praquin

Lecture de 5 min

LE 14 Déc 2017

Freelance style

Le statut quo du travailleur indépendant

  • Download PDF
Le statut quo du travailleur indépendant
Le statut quo du travailleur indépendant

La perception du travail en freelance évolue. Le salariat n’a que deux siècles, et à la faveur de la mondialisation, de la crise, et de la révolution numérique, il est en passe de prendre sa retraite. Les méthodes de travail au XXIème siècle sont en profonde mutation, devant notamment résoudre l’équation de la conciliation de la vie pro/ perso et de la quête de sens et de liberté de plus en plus de salariés.

En France, où la « Startup Nation » est un axe privilégié au niveau national, dans une culture de lutte des classes et d’acquis sociaux séculaires, se pose aussi la question de la protection des travailleurs indépendants. La future loi travail devrait permettre de changer la donne de l’emploi freelance. Quelle peut-être l’évolution du travail indépendant et vers quoi devrions-nous tendre, dans un monde où de plus en plus d’actifs souhaitent être libres tout en vivant de leur travail ?

La perception du travail en freelance évolue. Le salariat n’a que deux siècles, et à la faveur de la mondialisation, de la crise, et de la révolution numérique, il est en passe de prendre sa retraite. Les méthodes de travail au XXIème siècle sont en profonde mutation, devant notamment résoudre l’équation de la conciliation de la vie pro/ perso et de la quête de sens et de liberté de plus en plus de salariés.

En France, où la « Startup Nation » est un axe privilégié au niveau national, dans une culture de lutte des classes et d’acquis sociaux séculaires, se pose aussi la question de la protection des travailleurs indépendants. La future loi travail devrait permettre de changer la donne de l’emploi freelance. Quelle peut-être l’évolution du travail indépendant et vers quoi devrions-nous tendre, dans un monde où de plus en plus d’actifs souhaitent être libres tout en vivant de leur travail ?

 

Porter un regard positif sur le travail indépendant

La France a un regard encore négatif sur le travail indépendant, mais les choses changent progressivement. L’ubérisation a porté ses fruits, portée par la vision d’entrepreneurs de la génération Y, qui osent créer et sont plus ouverts à des cultures entrepreneuriales anglo-saxonnes comme celles de la Silicon Valley. En parallèle, cette même ubérisation, dans sa vitesse de développement, a conduit à des excès. On pense notamment aux déboires judiciaires de Uber ou Deliveroo face à des chauffeurs et livreurs qui exigeaient les mêmes droits que des salariés, c’est pourquoi nous aimons et parlons souvent de cette idée de post uberisation, pour pouvoir penser des plateformes sans intermédiation.

Le travail indépendant ne pourra entrer correctement dans l’opinion en tant qu’alternative au salariat que s’il apparaît comme une solution positive et sereine pour l’emploi. Dans les professions indépendantes plus qualifiées, la crainte de l’esclavagisme moderne est moins importante. Cependant, le législateur a tardé à ajuster le système social et fiscal des indépendants, défi que le gouvernement Macron souhaite remporter. La vision positive du travail en freelance ne pourra s’installer qu’au prix d’une action des entrepreneurs pour une éthique du travail, combinée à celle du législateur.

 

Pourquoi le travail indépendant est utile au futur de l’économie française ?

Si la France, avec 10 % d’actifs concernés, est loin des 34 % de travailleurs indépendants que les USA approchent, la recomposition du travail hexagonale est bel et bien en cours. Des compétences rares et nouvelles sont demandées, suivant l’essor des technologies, particulièrement dans les secteurs de l’IT et du digital. Ces compétences vont pouvoir se partager entre plusieurs entreprises. Le coût du travail élevé favorise également ce partage, ainsi que l’envie des actifs de diversifier leur activité.

Une startup pourra avoir recours à un expert indépendant dans un métier particulier à un moment donné d’un projet, intégrant ainsi le meilleur savoir-faire à budget maîtrisé. Les actifs nés après les années 80 ont également une volonté générale d’améliorer la société en rendant le travail épanouissant, et demandent cette évolution. Cumuler des missions ponctuelles au sein de plusieurs entreprises répond à la fois aux besoins des employeurs et des actifs.

Le travail indépendant pourrait donc permettre, dans l’absolu, d’apporter une partie de la réponse au chômage, en apportant une alternative sérieuse et pérenne au traditionnel CDI, trop contraignant et couteux pour nombre de TPE/PME (qui génèrent environ 50 % environ des emplois salariés selon le CEFE). Le fait de pouvoir disposer de collaborateurs indépendants de haut niveau pour des missions ponctuelles sera un accélérateur d’excellence et de croissance pour nombre de PME françaises.

 

La question cruciale : la protection du freelance

Anticiper les écueils par le regard sur l’extérieur

En Angleterre, la question des « contrats zéro heure » fait scandale : il s’agit là d’un excès libéral typique des économies capitalistes anglo-saxonnes, où l’individu est rendu totalement responsable de son destin. Dans le principe, le salarié signe un contrat avec l’entreprise et se tient à disposition de l’employeur, qui l’appelle si des tâches sont à effectuer. Sur la question du partage des compétences, on peut également regarder du côté de l’Allemagne : si les mini-jobs ont permis le retour au plein emploi, ces emplois sont décriés car ils précariseraient les travailleurs. Observer les dérives dénoncées devrait permettre d’éviter les excès en France, c’est du moins ce qu’il faut souhaiter.

Les ambitions positives du gouvernement

Dans un pays de tradition sociale comme la France, l’attention se porte naturellement sur la protection du travailleur indépendant. Le gouvernement Macron souhaite rapprocher le régime de sécurité sociale des indépendants et celui des salariés. Aujourd’hui, le taux de cotisation sociales des indépendants est inférieur de 12% à celui du régime général, mais les protections sont aussi moins importantes : pas d’assurance chômage, moins d’indemnisation en cas de maternité ou de maladie… Le travailleur indépendant est défavorisé par le système. Les annonces récentes du Premier Ministre Edouard Philippe donnent des signes positifs sur la compréhension par l’Etat du changement en cours en matière de travail :

  • Le RSI, régime des travailleurs indépendants instauré en 2006 va disparaître de façon progressive en 2018, le temps d’intégrer les travailleurs indépendants au Régime Général de Sécurité Sociale (maladie, retraite)
  • La hausse prévue de la CSG (1,7 point au 01/01/2018) sera compensée par la baisse des cotisations familles (2,15 points) et une baisse dégressive des cotisations maladie. Ceci rendrait, selon le gouvernement, du pouvoir d’achat aux 75% de travailleurs indépendants dont les revenus n’excèdent pas 43 000 Euros par an. En clair : « pour un indépendant qui gagne le SMIC, ces mesures cumulées permettent un gain annuel de 270 euros, et de 550 Euros pour un salaire de 2400 Euros par mois » a déclaré Edouard Philippe.
  • Un élargissement du statut d’auto-entrepreneur est également prévu en 2018, avec un doublement des plafonds de CA, soit 70 000 Euros pour les activités de service, qui concernent la quasi-totalité des freelances du digital. Attention aux seuils pour la déclaration de TVA qui eux, restent inchangés.
  • Du côté de la charge administrative, le gouvernement planche sur un moyen de centraliser les déclarations, au lieu de déclarer aux URSSAF d’un côté et aux impôts de l’autre
  • Concernant les congés maternité et la formation, des chantiers sont lancés pour l’annonce de mesures dès Mars 2018
  • Enfin, les freelances qui se lanceront seront exonérés de charges sociales la première année. Ceux qui font moins de 5000 Euros de CA par an seront exonérés de Contribution Foncière des Entreprises.

 

Alors que le regard change au niveau de l’Etat sur les indépendants, il devrait également évoluer positivement dans la société française. C’est en définitive la peur liée à la perte d’activité totale ou partielle qu’il faut s’attacher à faire disparaître, tout en favorisant l’instauration d’un contrat juste entre l’entreprise étendue et les freelances. Sans cette peur, et rassurés sur des pratiques éthiques dans les entreprises qui ont recours au travail freelance, les actifs auraient plus de facilités à devenir des travailleurs indépendants. C’est autant le rôle des entreprises elles-mêmes, que celui du législateur, que de parvenir à cet équilibre.

 

Sources :

https://www.lesechos.fr/23/04/2013/LesEchos/21423-026-ECH_l-inde–le-pays-ou-le-chomage-n-existe-pas—.htm

https://www.lesechos.fr/29/08/2015/lesechos.fr/021284708157_les-travailleurs-freelance-vont-ils-transformer-l-economie–.htm

http://www.senat.fr/rap/r06-416/r06-4161.html

 

Alban Praquin

Alban Praquin

Lecture de 5 min

0

commentaires

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Votre nom *
Email *
Commentaire*

TÉLÉCHARGEZ NOTRE LIVRE BLANC SUR L'ENTREPRISE ÉTENDUE !

DÉCOUVREZ CE CONCEPT ET INNOVEZ SANS LIMITE !

Quel futur attend les freelances et les entreprises ? Comment les entreprises peuvent-elles constituer leurs réseaux de freelances et créer à leur tour un collectif hybride d’experts salariés et indépendants ? Comment créer une entreprise étendue, casser la logique des silos ?

EN SAVOIR PLUS

INSCRIVEZ-VOUS
À LA NEWSLETTER